Eh bien, Eurypyle, êtes-vous donc avec nous ce soir, quand donc repartez-vous vers le sud, viendrez-vous visiter votre père cet hiver, serez-vous de retour de voyage avant le mois de mai, vous verra-t-on à nouveau à la foire, au stade, au colloque, avant que vous ne repartiez à Paris, et y retrouverez-vous peut-être vos deux filles, au moins pour les fêtes ? Celles-ci sont devenues belles et grandes, la première est en médecine, la seconde vient d’avoir son baccalauréat. En fait, non, cela est passé déjà, à présent la seconde est mariée, comme votre ex-épouse l’est à nouveau d’ailleurs, et l’aînée vient de divorcer, elle aura la garde des deux enfants. Ceux-ci sont déjà à l’école, et même, comme cela avance, au collège, voyez-vous. La maison de Montmorency, dites-vous ? Mais plus personne n’y va, elle ne vous appartient plus, vous aviez bien remarqué qu’elle a été vendue à la disparition de votre mère, cela est signé depuis six ans maintenant. Votre chat aussi est mort, depuis bientôt deux ans. Voilà pourquoi vous ne le retrouverez pas dans le salon ce soir. Ne le saviez-vous pas ?  Mais que savez-vous, Eurypyle, que regardez-vous autour de vous, pour ne vous occuper ainsi que de votre personne, et ne rien voir de cette destinée qui n’a cure de vos petits sujets, et ne cesse son cheminement ? Le tir de départ a été donné, et vous l’avez manqué.

©hervéhulin