« Watership Down » (intraduisible, c’est un lieu) est un roman assez atypique, c’est le moins qu’on puisse dire. Cela ne suffit pas à donner envie de le lire, mais ce serait dommage de passer à côté.

C’est tout d’abord, un roman d’imagination qui emprunte au conte sa trajectoire narrative : très linéaire, mais avec des moments d’approfondissement où la trame ralentit pour creuser un sujet.  Toute une mythologie y est inventée, avec des éléments de langage, de mémoire sans référence ni équivalent ailleurs. Le merveilleux y affleure dans la plupart des situations, sans jamais s’imposer comme la norme du récit.

C’est aussi un roman de fondation.  Le destin de tout un peuple en fait la matière. Suite à la vision d’un de ses membres, sorte de chaman timide, une migration doit s’engager. La prophétie hallucinée annonce que la terre sur laquelle vit ce peuple depuis toujours est condamnée, pour une raison que ne comprend pas d’ailleurs la majorité de ses habitants. Une scission s’opère et seule une minorité entreprend le voyage, sous la conduite improvisée d’un individu que rien ne prédisposait à cette mission, sauf d’être le frère du » voyant ». A la recherche de cette terre promise, condition de la survie d’un peuple, nombreuses seront les épreuves.

C’est surtout, un roman politique, voire même, ontologique. Sous toute ces aventures et leurs détours tragiques, remontent à la surface des thèmes que nous connaissons bien dans la littérature depuis le siècle dernier. La relation de l’individu avec la nature, et la difficile conciliation de la société avec cette même nature dont l’essence ne se plie pas à la seule volonté de progrès. Le totalitarisme, auquel échappe de justesse notre colonie, et cette société d’un autre groupe, d’abord en apparence bienveillant, plein de belles intentions, qui se révèle vite fanatique sur son organisation sociale et ses lois : un leader implacable en commande toutes actions. Plus loin, un autre groupement, d’abord calme et accueillant avec nos héros, apparaît très vite étrangement placide, dangereux et manipulateur. Sans cesse, le collectif des personnages est confronté à des choix, et le gouffre guette la faute, de chaque côté du précipice.

C’est un roman épique, enfin. Il y a des divinités, complices ou contrariées, des forces qui transcendent la volonté, et des volontés qui dépassent des forces contraires. Il y a le mythe de la terre promise, qui se dérobe face à l’horizon quand les vaisseaux sont brûlés. On a pu comparer « Watership » à Tolkien (Silmarillion), ou Azimov (Fondations) ; certains y ont vu une allégorie du peuple juif, de la fuite d’Égypte et de la fondation d’Israël, ou encore la destinée tragique des indiens d’Amérique. D’autres même, ont pu interpréter ce grand texte, décidément à niveaux multiples, comme une représentation, avec vingt ans d’avance, de la sclérose du communisme et sa chute.

Richard Adams, pour sa part, a toujours rejeté toutes ces théories et revendiqué le fait de n’avoir écrit qu’une histoire, une sorte de roman pur qui se nourrit de sa propre fiction. Il y a beaucoup d’humanité à chaque épisode, de l’invention, de l’humour et de l’ingéniosité. Lecture addictive garantie, on vous le dit.

Mais il convient de préciser une chose – un détail ? – pour ceux qui se serait pris de l’envie de lire Watership Down. De toutes les individualités du roman, tous ces personnages et ces peuples qui en animent l’histoire, pas un n’est humain. Il ne s’agit que de lapins, d’un monde de lapins, et de la quête d’une terre pour y vivre tranquillement et en jouir en colonie de lapins. Les humains sont absents, (on entend des pas sur un pont, mais ce sera tout, sauf erreur). Ces lapins téméraires et batailleurs, valent bien des humains.

Lisez donc « Watership Down », vous y trouverez beaucoup de plaisir, et vous ne verrez jamais plus les lapins de la même façon.

 

 

 

Richard Adams. Watership down. Traduit de l’anglais 5royaume Uni) par Pierre Clinquart.       Edition Monsieur Toussaint Louverture, 544 pages.

 

 

 

Nombreux sont-ils, qui mieux réussi leur trajectoire en société que d’autres, et nous les admirons tandis que dans leur cheminement, ils nous étonnent. Mais limitons à ça notre regard et n’allons point au-delà. Car parmi ces nombreux-là, il y en a tant qui ont renoncé à de beaux et justes sentiments, tant qui ont sacrifié les émotions attendues, qui ont vendu leur fierté pour trois titres vains ou cinq marches sur l’échelle de la gloire qui en compte plusieurs millions, qui ont écourté leurs amitiés ou les ont simplement vendues, qui ont renoncé à leurs familles et délaissé ces enfants qui attendaient bien tard le soir, et bien d’autres qui auront oublié leurs opinions pour avancer encore et encore, et tous ceux-là ne manqueront pas de s’en souvenir en secret un jour. Ils sont allés à dans la carrière comme jadis on allait au couvent, en s’inventant une vocation qui ne ferait, en s’asséchant avec âge et les désillusions, que découvrir lentement l’horizon des vies délaissées.

Tout ce qu’ils ont gagné, tout ce qu’ils ont acquis, l’aura toujours été à titre onéreux et de faible bénéfice, à un prix qu’aucun sage ne voudra donner car tout renoncement à ce qui fait la vie plus douce est d’un coût insoupçonné au moment de l’achat : ce même prix dans les vieux jours saura leur rappeler son poids. N’envions à aucun de ceux-ci la gloire de leur carrière.

 

 

 

Être un homme de mérite est toujours un agrément pour autrui, mais parfois une épreuve pour soi-même. Artémon est apprécié de juste valeur, par ses pairs et ses subalternes. Sa réputation assise avec solidité, il lui aura été facile de monter des échelons. Regardez-le, son aisance et sa réussite font envie. Voyez comme il est concentré sur cette présentation, comme il est réactif dans cette réunion. Mais que savez-vous de son visage intérieur ? Au fonds, subsiste une pâle sentine ignorée de la lumière ; Artémon, chaque seconde, doute du cheminement de sa vie. Cette invisible réalité des âmes, quand vous le voyez si attentif au travail, veut qu’il ne pense qu’à de belles choses jugées de faible prix. Les papillons, les oiseaux, les fleurs. La ligne bleutée d’une crête lointaine, un rire d’enfant sur la plage.  Quand il est seul, face à son miroir, ou dans l’instant précédent le sommeil, il lui semble être un imposteur suffisamment habile pour jouer ce qu’on attend de lui, mais toujours à la merci d’un regard ou d’un glissement qui le trahiront pour toujours. Souvent, il fait le rêve qu’il est perdu dans les couloirs familiers de ses bureaux, qu’il a loupé par inertie une importante échéance comme il était occupé à lire un poème, ou encore, face à un public noué à sa parole, qu’il ne sait pourquoi il est ici et pas ailleurs, ni ce que lui veulent ces gens. Mais aussi qu’il doit entrer quelque part où il est attendu, et que la double porte en est fermée quand elle devrait être ouverte. Pire encore, qu’il a une décision à prendre devant un auditoire pressant, de cent visages au moins, et ne sait rien faire de ce qu’on attend de lui. Artémon depuis des années est hanté par le duel intime de ces deux moitiés d’âme, et redoute leur inversion au grand jour. Il ne sait pas, Artémon que tous ceux qui l’observent et le jugent chaque jour, tous ceux qui le reconnaissent, tous ceux qui le gratifient de louanges, souffrent du même mal, partagent les mêmes songes et nourrissent la même frayeur. Il ne sait pas, Artimon, que c’est le sort commun de tous ceux dont la réussite leur a coûté une part infime de bonheur.

©hervehulin

Une nouvelle pensée humaniste de Willy Schraen, le suprême Tartarin, fameux ami du genre humain, et abonné du Conotron.

« je n’imagine pas une seule seconde qu’on puisse avoir une proposition allant dans le sens d’un dimanche sans chasse. Si on commence à interdire la chasse certains jours, cela sèmerait la graine pour d’autres interdictions, comme un jour sans VTT par exemple » (BFMTV, 5 janvier)

C’est très fort. Laisser les gens comme vous et moi se promener dans la campagne sans risquer de se faire tirer par erreur entamerait l’essence des libertés. Effectivement, nos amis les chasseurs ne pourraient plus tirer sur les cyclistes sans-le-faire-exprès. Et leur interdire ça, c’est le commencement de la fin.  Mais où va-t-il chercher de telles fulgurances.

Et si on commençait par un dimanche sans crétin ?

Ce serait un progrès pour l’homme.

 

Qui connaît Caton ?  Constamment loué grâce à la douceur de son propos et l’harmonie de son esprit, ce qu’on apprécie dans sa compagnie, plus encore que l’attention qu’il offre à tous ceux qui le connaissent, qui le fréquentent et s’en réjouissent, c’est cette façon de ne jamais heurter dans la conversation par une parole sans nuance, et cette douceur respectueuse qu’il imprime sitôt qu’il converse. Toujours en société, toujours entouré, il reste d’humeur égale et sait se mettre en phase parfaite avec les sortes de caractères que la journée lui envoie, du plus tourmenté au moins difficile. L’unanimité sur sa personne atteint les effets d’une symphonie.

Mais qui est Caton ? On ne lui connaît pas d’épouse ni de maîtresse. Liant qu’il est avec chacun, on ne voit jamais ses amis, on ne lui devine que très peu de compagnie.  Mais on ne parvient à savoir si une telle tempérance dans le monde est assorti de sentiments partagés. Quel est son métier ? Quelles sont ses passions ?

Quand vient le soir, le profil change dans cette intimité invisible du monde. Le voici qui rentre, après un long transport dans la foule soudain indifférente, à son domicile, étroit et peuplé d’un vieux chat et décoré de papier peint à grosse fleur. A peine refermé la porte qu’une nouvelle vie se détache de celle reconnue. Il est alors devant l’écran de son petit ordinateur, et l’infini des connexions avec l’univers s’ouvre à lui. Il s’active sur son clavier.  Les réseaux captent son verbe, le propulse derrière l’horizon imaginaire des applis, et diffusent dans l’univers l’électricité de ses avis. Partout ailleurs dans la Ville, dans le monde, sur des nuées d’écrans et devant des regards captifs, des vies solitaires, des esprits fatigués, ses phrases cruelles s’étirent et attaquent. Pas un évènement mineur du monde accompli dans la journée quelque part, ici ou ailleurs, qui ne rencontre son jugement, et inévitablement, sa condamnation. Les élites, les politiques, les juifs et les musulmans ; les banques et les paysans, les fonctionnaires et les patrons, les jeunes et les migrants. Les faibles et les autres. Il ne peut s’empêche de détester le monde, d’agresser les lointains. Il y trouve une joie sans épuisement, que la tiédeur des journées ne pourra jamais lui offrir. Il n’est plus celui qui tout à l’heure collectionnait les embrassades. Dans la haine et sur le net, il est enfin lui-même. Qui reconnaîtra Caton ?

 

Après une saison à peine observée, une autre qui vient. Certitude que les saisons n’ont pas de réalité dans le monde ; qu’elles ne sont que des impressions que le climat ou la lumière marquent sur nos sens ; qu’elles ne tournent jamais, mais seulement changent leur direction, comme une flamme sous le vent; et qu’à la fin, elles ne font qu’une, dont seule la couleur varie. La vie est comme l’univers : une grande courbe, très lasse, très douce et qui ne finit jamais de s’étirer.

 

©hervéhulin2023

On connait la passion féministe de Margaret Atwood, qui irrigue tous ses romans et une grande partie de sa poésie. Dans ce roman, elle change l’angle du vue sur le personnage de Pénélope de façon radicale, et même, engagée. Sa vision de Pénélope donne à cette cause millénaire un regard amer et tendre à la fois. On le devine vite, la trame d’Atwood n’est pas de se conformer à l’image traditionnelle de la reine d’Ithaque : archi-épouse presque abstraite à force d’être enfermée dans sa conventionalité. Ah, elle est fidèle, Pénélope, et patiente, et tenace, et courageuse ; la Pénélope homérique – second rôle exceptionnel de l’Odyssée, mais pas plus que son reflet inversé Calypso -n’existe que par le prisme de son Ulysse, héros par excellence dans notre représentation occidentale. Comme le lecteur le pressent très vite, Atwood situe le personnage de Pénélope à un niveau de parité dramatique avec son époux. Tout au long de ces pages – le livre est court, une presque nouvelle – elle occupe un premier plan distancé que l’absent suprême a laissé dans son sillage.

Bien des années ont passé depuis le massacre des prétendants. Car Pénélope est morte, et nous parle des enfers. Le regard subsidiaire de l’épouse s’éclaire de l’acuité transcendante de la mâne. Après la mort, l’âme évidée des passions et des tentations, montre du recul sur la folie des hommes. Ulysse et Pénélope non seulement constituent un couple d’une intelligence égalitaire mais d’une complicité sans concession l’un pour l’autre. « Depuis toujours nous étions tous deux, de notre propre aveu, des menteurs émérites et éhontés. ” Le héros homérique y est impénétrable, au caractère glissant, manipulateur et stratège. Aime-t-il  Pénélope ? On n’en sait rien. Mais cette dernière, dans sa solitude, aura beaucoup appris de lui. Lui en sait-il gré à son retour ? On n’en sait rien. Au cours de cette absence à l’échelle homérique –vingt années sans discontinuer – personne ne sait cequ’il devient, ni ce qu’il fait ; des rumeurs circulent, dégonflent l’écho vague des exploits- et si le cyclope n’était qu’un aubergiste borgne, l’île des sirènes un simple bordel etc ?.

 Atwood laisse filer un éclairage sur la vie de Pénélope qu’on connaît peu (il m’a semblé en tout cas…). Fille d’Icare, roi de Sparte, et d’une naïade (divinité mineure de l’eau), on avait prophétisé qu’elle tisserait le linceul de son père. Ce dernier n’a donc rien trouvé de mieux de tenter de noyer sa fille avant que la prophétie ne s’invite. Pas très affectueux certes, mais raté. Après un repentir presque sincère, il lui procura une situation à la cour de Sparte puis la maria à Ulysse. Mais au final, chez cette (toute) jeune fille, une défiance pour ce sexe dominant qui sous-tend le récit jusqu’au bout, et dans l’éternité de la mort. Pénélope ici en veut aux hommes. À son paternel, évidemment, c’est la moindre des choses. Son époux, qui l’a abandonnée ; Les prétendants, des oisifs immatures et lubriques qui se goinfrent des jours durant en attendant le trophée. Même Télémaque, impavide face à sa mère mais prêt à tout pour jouer au dur, et, accessoirement, sauver sa peau face au complot des prétendants.

L’Odyssée de Pénélope est un roman de femmes. Quelle que banale que semble la formule, on n’a pas tout dit avec cela. Les hommes, peu à leur avantage, sont au second plan de la narration, derrière les émotions et la voix des femmes de ce monde ancien. Un  chœur antique et obsédant, ressasse une trace sanglante tout au long des chapitres –entre chacun d’entre eux, pour rendre justice à la composition concentrée du récit. Le chœur des douze servantes qu’Ulysse impitoyable fit exécuter pour leurs accointances débridées avec les prétendants. C’est Pénélope qui leur ordonna ce comportement d’espionne sensuelle pour tout savoir de ce que ces imbéciles  tramaient. Le roi d’Ithaque n’en a cure, elles seront pendues. L’injustice accablante de leur mort, et les plaintes éternelles de leurs mânes hante l’ombre de Pénélope et en tourmente la conscience post mortem. Balayées par la loi du maître, pas tant pour intelligence avec l’ennemi, que pour avoir transgressé leur position de femmes serviles- ce qui est, dans l’univers homérique, un quasi-pléonasme- elles sont l’héroïne collective que plus personne n’entend alors même que leur plainte domine le texte, quand Pénélope n’est que leur porte-voix.

Dans ce roman tout est affaire de mensonge et de cruauté, d’ombre et d’échos. La justice des tragédies grecques nous laisse toujours pantois par sa violence. Mais c’est aussi une œuvre de tendresse pour ces femmes anonymes qui sont toujours les victimes des mythes. L’écriture de Margaret Atwood est toujours juste dans l’évocation des situations, et sa narration est tout en équilibre. Elle nous donne dans le regard de Pénélope et ses reflets sur la condition humaine, un paradigme de ce qui caractérise l’universalité bienfaisante de la femme : sa lumineuse fragilité.

 

 

Margaret Atwood. L’Odyssée de Pénelope.  Traduit de l’anglais (Canada) par Lori Saint-Martin. Edition Robert Laffont.208 pages.

 

 

©hervéhulin2022

 

Tu es bien seul, Cléarque, et déjà assoupi, regardes la pluie palpiter sur la vitre. Derrière toi, un salon cossu ordonne la bibliothèque. Ton nom apparait parfois sur la tranche de tabac brunie des livres. Tu rêves à quelque chose d’enfui, tremblant d’une saveur invisible, et comme du sel délaissé après le repli sur l’étiage, innocent des mots encore à venir.

Qui es-tu donc, Cléarque, dont la plume si notoire aura tant voyagé et cueilli la gloire, toi qui as bâti tant d’ouvrages tellement vendus et reconnus et souvent lus que même en Chine on peut citer ton nom et au moins trois titres de tes romans ? Mais de qui donc une seule de tes lignes aura changé la vie, pour te dire une seule fois merci ?

A présent, les années plus nombreuses que tous ces écrits pourtant déjà peuplés, qui auront tant voyagé parmi les continents, viennent demander leur dû. Elles ouvrent dans leur sillage une immense plaine dont le vide montre au loin, en contraste sur un ciel blanc, un arbre mort. C’est dit, tu ne termineras pas ton nouveau pavé déjà bien entamé. Ils ne finiront pas leur trajectoire, tes personnages à peine leur gangue de chrysalide déchirée.

Alors, Cléarque, saisi de la torpeur douce du crachin d’octobre, tu regardes dans le miroir, juste derrière l’écritoire, et  tu te sers un sixième Ricard.

 

 

 

Clarice, Eutyphron, Oronte, Théodas, Alcinte, Glycère et Dosithée, bien que de personne et nature si différentes, sont mus d’une même passion pour l’ailleurs. Ils ont accompli ces derniers jours ensemble un beau voyage. Ce fut une jolie croisière, un superbe périple, un formidable circuit, comme on le voudra. Quel que soit cet ailleurs, eux qui ne se connaissaient point avant le départ, en ont partagé avec émotion toutes les faces. Civilisations, nature, culture et musée, safari, musique et festivals, pèlerinage… Ils se sont extasiés ensemble devant une même splendeur. Ensemble, ils ont traversé le même étonnement. L’émotion, le souvenir, la communion, c’est ensemble qu’ils en auront recueillis la moisson.

Les commentaires du voyage appelaient, chaque soir de chaque étape, dans le confort des lodges et des hôtels, au diner, au bar, à la piscine, des souvenirs d’autres voyages. On échangeait. Du fond des souvenirs, apparaissaient des passions, des sujets communs de joie et de plaisir, des découvertes, on se croyait seul à les avoir vus et non, voici qu’on ne l’est plus par la seule évocation des distances traversées. Ainsi, d’autres que soi-même ont connu le bonheur tremblant d’avoir pu saisir la grâce de la Pieta, l’échappée d’un léopard sous les acacias, le mystère d’un temple khmer, le tournoiement magnétique des derviches ; et que dire encore de la majesté du Nil ? Ils jurent même de s’être un peu retrouvés, soi-même dans ce partage émerveillé.

« C’est la magie des voyages » diront-ils, une fois arrivés au terminal du retour.

Les voici qui ont récupéré leurs bagages. Comme une volée de moineaux, sitôt échangées les adresses, ils s’embrassent, ils se dispersent, dans la hâte de retrouver leurs foyers. Ils ne se verront ni se parleront plus jamais, eux qui, d’ailleurs, s’étaient si peu vus et si peu parlés, tout occupés à vanter les sites et les paysages lointains, à parler d’eux-mêmes aux autres. Ils n’en oublieront rien; mais de l’individualité de l’un, rien n’aura subsisté  dans le coeur de l’autre, après trois messages et six photos sur les réseaux sociaux, et au terme de quelques semaines, désintéressés du sort des autres voyageurs, ils mettront autant d’ardeur à s’oublier qu’ils avaient mis de célérité à se rencontrer, et auront effacé à jamais le nom de Clarice, Eutyphron, Oronte, Théodas, Alcinte, Glycère et Dosithée.

 

 

©hervehulin

 

 

 

 

Ce qu’il peut arriver de pire,  Césonie, vous exclamiez-vous? Et de répondre vous-même à votre question: “ne pas être aimée, comment peut-on vivre sans être aimée?”. Pourtant, on vous répondrait: on s’y habitue sans doute, comme d’être myope ou chauve. Regardez donc ces gens qui peuplent nos villes et nos campagnes de si grandes solitudes, ces légions d’humains qui si soigneusement alignés, regardant chacun devant soi, s’ignorent, se parlent si peu, et restent sourds à ces voix distantes pourtant si semblable à la leur…Vivre avec l’habitude d’avoir quelque chose de moins que beaucoup d’autres, mais vivre quand même. Ne pas être aimé, certes, mais regardez: le soleil se lève quand même et le soleil se couche, les saisons passent et viennent, les galaxies naissent et se consument, les métros arrivent à l’heure, les foules marchent dans les rues et les avenues, les humains crient et voyagent, les esprits chantent- et chacun est toujours vivant. Avec un peu plus de sel et de tendresse, amassés en soi. Voyez-vous, Césonie, c’est la première vertu de l’homme que de s’habituer à se passer des autres.

 

©hervéhulin2022

1.

Les pierres se cachent
Dernier sanglot de la mer
Un secret couvert
Sous le sable qui s’efface
Quand l’ombre approche la mer

2.

Tout autour de nous
L’hiver dévore les fleurs
L’air se fait plus doux
Si le vent tourne sa peur
Étranger dans sa torpeur

3.

Moment de fatigue
Quand tourmentée de questions
La terre navigue
Le ciel prend possession
En chantant de l’horizon

4.

Le nain prend la pose
D’un dieu au regard absent
A l’âme d’argent
Mais de son rire la rose
Tue l’amour de l’indigent

5.

Bulles de savon
Dans l’invisible lumière
D’un vent de saison
Passée l’ombre du sanctuaire
Sait-on où elles s’en vont

6.

Fleurs de cerisier
Éparpillées sous l’averse
L’air vous fait trembler
Et sous la lune disperse
Le blanc de vos secrets

7.

L’orage éclata
Le long du vent en colère
Et les acacias
Très insolents se plièrent
Sous les larmes du tonnerre.

8.

Où sont mes amis
A présent tous égayés
Où sont-ils partis
Ne découvrant que regrets
Semés dessous les pruniers.

9.

Comme un oiseau blanc
Au loin s’en vont les nuages
Un monde flottant
Semble changer de visage
Pour s’inverser dans l’étang.

10.

Dans la jarre un astre
S’abîme et déjà décline
Pourquoi ce désastre
Comme un vœu dans l’eau câline
Tout s’éteint puis se ranime.

11.

Rêve et nuit de fleurs
Du matin l’haleine blanche
Refroidit l’ardeur
Sous la nudité des branches
Le ciel garde sa couleur.

12.

Sous un ciel de flamme
Les blés imitent le sable
Tremblement de l’âme
Comme un germe insaisissable
Que l’été est périssable !

13.

Fatigue des pluies
Vapeur d’eau sur les feuillages
Le ciel se replie
Sous les fougères volages
L’argus fragile s’ennuie.

14.

L’averse soudaine
Les jeunes gens se dispersent
Tant qu’il m’en souvienne
Toujours s’enfuit la jeunesse
Dès que souffle la tristesse.

15.

Odeur d’algue ancienne
Les vagues s’en sont allées
L’étoile oubliée
Dans une flaque obsidienne
S’invente un air de sirène.

16.

Pâleur de décembre
L’automne éblouie se blesse
L’air se fait si tendre
Voici sourdre la vieillesse
Insecte figé sous l’ambre

17.

Nuages épars
Quand le jour s’effile et passe
Drôle d’avatars
Des archipels sans miroirs
Où les rivages s’effacent

18.

Quelque chose change
L’aube irisée dans la mare
Devient toute étrange
Puisque noyé sous l’eau noire
Dérive un lutin orange

19.

Le lutin de flamme
Par amour d’une chandelle
S’épuise et se pâme
Trop près du feu de sa belle
Il se change en étincelle.

20.

On le sait la vie
Ne sert qu’à bien peu de choses
Si trop tôt ravie
S’en est fanée l’énergie
Avant le cycle des roses.

21.

Un flocon s’enivre
Sur l’autre flanc de la vitre
Où vas-tu mon livre
Quand l’hiver d’un souffle invite
Le signet que tu délivres.

22.

Amère saison
Lucioles sous les prunus
Leurs feux se défont
Si pâles que l’horizon
S’estompe dans l’angélus.

23.

L’océan blotti
Sous l’ombre du coquillage
Semble rajeuni
Puis renonce à tout étiage
Désir d’y creuser son nid.

24.

Le trèfle s’étire
Vers le soleil sans retour
Superbe délire
Du bruissement d’un empire
Sous le tremblement du jour.

25.

Consumée dans l’air,
La lumière sous les feuilles
Nous vient de la mer
Goûtons cet écho si cher
Où la terre se recueille

©hervehulin2022

” Les cahiers d’Alceste”. Lettre d’information N°8. 

https://www.lescahiersdalceste.fr

“Le tout est de tout dire, et je manque de mots
Et je manque de temps, et je manque d’audace
Je rêve et je dévide au hasard mes images
J’ai mal vécu, et mal appris à parler clair.»

Paul Éluard, « Pouvoir tout dire » (1951).

Tout dire, c’est donc cela, la tentation du poème? Paul Éluard publie « Pouvoir tout dire » en 1951 ; c’est un de ses derniers recueil (mais il ne le sait pas, évidemment) car il meurt l’année suivante ; sa thématique est préoccupée par l’incapacité du poète à dire ce qui doit l’être : tout ce qui est à dire, tout ce qui est à écrire, tout ce qui est à transmettre, sera toujours dépassé par l’immensité du monde qui submerge la limitation du langage.

Méditons cela, nous autres, amateurs.

 

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Du renoncement : carrières et caractères. On observe partout le goût dévorant de l’ambition. Qu’est-ce qui pousse certains de nos semblables, comme soudain poussé par une énergie prodigieuse, dans cette obsession de ne jamais se contenter de leur position sociale ?

Qu’est-ce qui les pousse à renoncer à la douceur de vivre, pour aller en avant, ou au-dessus, ou plus loin, au détriment de l’autre ? L’autre, l’humble, celui qui ne sait ou ne veut saisir ce qui passe ? Ou reste indifférent à toute exposition, au soleil artificiel de l’ascension ?  On objectera qu’il faut que des gens avancent pour qu’une société ne recule pas. Constat peu contestable. Mais tous ceux qui se seront élevés l’auront fait en acquittant un prix : celui de renoncer aux choses simples et au temps de ne rien faire. Comme la montgolfière qui lâche son lest pour monter par-dessus les toits et les collines, ils auront lâché une part d’intimité, de conviction, de liberté ; renoncé à une part de modestie, aux amitiés anciennes, à des moments de sagesse.

Loin de libérer, cette élévation attise encore la frustration de ne pas être plus haut. Ainsi le naufragé qui se retrouve ravagé de sel pour avoir cru se désaltérer à l’eau de mer. Celui qui obtient enfin la fonction tant désirée ne sera jamais repu de ses honneurs ; sitôt perché, il est saisi du vertige de devoir rester là, et tourmenté de la peur de ne plus avancer. Et celui qui n’a pas obtenu cette même fonction pour l’avoir autant désiré, est tourmenté à son tour par sa déception, puis, malheureux, deviendra malveillant envers ceux qui continue de s’élever sans lui.

La carrière est une maladie étrange, mais qui a le mérite de bien nourrir mes « caractères ». Vivre, en fonction des autres, exige toujours une forme de renoncement. Renoncer à s’élever, pour mieux absorber le temps qui passe et s’accélère.

Vous seront livrées bientôt et encore, dans les prochaines semaines, des moralités au revers des ambitions.

Du chiffre 7 à travers Gustav Mahler. C’est un drôle de chiffre, le 7, qui suscite toutes les fantaisies et attise l’envie de mystère. Certains y voient une magie intérieure, d’autres une malédiction. Le 7 représente la maîtrise de l’esprit sur la matière et du spirituel sur le matériel. Il influence la réflexion, l’analyse et la vie intérieure.

Dans la salle de la Philharmonie (quelle salle !) il y a quelques semaines,  chantait la septième symphonie de Mahler, éclairée par la Philharmonie Tchèque, au son cristallin, qui a créé l’œuvre, sous la direction de Mahler lui-même en 1908. Cette septième n’eut alors aucun succès – malédiction du chiffre ? Elle reste encore, des dix, la moins jouée en concert, trop ardue pour les instruments, une cohésion difficile à trouver, et, pour l’éloigner encore du public, l’absence d’un adagio langoureux qui fait la marque de l’univers mahlérien pour les profanes. Mais avec pourtant plus de 100 références discographiques. Dans cet univers sonore sombre, c’est la seule des dix qui comprend un mouvement, le dernier, authentiquement joyeux de bout en bout.

Le « 7 » est aussi supposé porter bonheur car c’est un chiffre sacré dans de nombreuses religions. Dans la Bible, Dieu a créé le monde en sept jours. Les pèlerins musulmans tournent sept fois autour de la Kaaba, le grand cube noir de La Mecque. Et selon les hindous, le corps a sept sources d’énergie appelées les chakras. Les sept branches de la ménorah (le chandelier sacré) et les sept jours de la Genèse; le sacré, la lumière, l’illumination, la mystique. Il aura sans doute un peu porté bonheur à Mahler, sitôt qu’il fut frappé par ses « trois coups du destin » qui ont fait basculé sa vie. La gloire, certes, après sa mort.

C’est promis, quand les « Cahiers » auront 7 ans, on fera quelque chose de spécial. Mais pour l’instant, ils en ont deux. Les plus attentifs auront remarqué un changement d’apparence pour marquer ce nouvel âge.

 

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D’Homère à nos jours, à travers Artwood. Dans la rubrique des “lectures” vous seront données prochainement des impressions d’un roman de Margaret Atwood autour de la mémoire de Pénélope. Dont j’avais déjà évoqué le rayonnant recueil « Circé » il y a quelques mois. Les mythes homériques ne finissent pas de nous étreindre derrière notre modernité de façade. Qu’y retrouvons-nous donc de si addictif qu’on y revient toujours ? Atwood, mais aussi, lue récemment, Louise Gluck (“Meadowland”) et Valerio Manfredi (“Odysseus”). Ou encore Madeleine Miller (“Circé”). Ou encore David Malouf (“Une rançon”). Ou encore le délirant “Ilium” de Dan Simmons. Je vous renvoie au magnifique « été avec Homère » de Sylvain Tesson. Que ceux qui ne l’ont pas encore lu cessent de perdre du temps et s’y attachent dès maintenant ; ils n’en auront pas regret. Et encore et encore. La raison en est si transparente. Tout nous vient de l’antiquité méditerranéenne, que nous écrivons et réécrivons encore, de ces drôles d’inventions d’où ramifient tant d’histoires des dieux et des hommes, et si peu du christianisme. La plus quotidienne de nos postures s’en nourrit. Une récente – et érudite- visite sur les sites de Pompei et Herculanum m’ont traduit d’u trait cette vérité. Comme le disait si joliment Apollinaire, “près du passé luisant demain est incolore”… Comme si Homère, dont on connaît si peu la personne, avait déjà, à lui seul, le premier, tout reconnu de la littérature. J’étais à Pompéi récemment: tout y est moderne.

Les poèmes. À la suite de mes réflexions précédentes (Cf. lettre n °6), il convient sans doute que je m’essaie à un format plus court, un verbe plus aérien. Je m’aperçois d’ailleurs qu’il m’arrive d’annoncer sur les « lettres » des publications que j’oublie ou néglige de produire. Donc, je vous envoie – c’est une promesse de poète amateur- la suite N°3 des poèmes courts, en forme de tankas ; ça vous changera des « Nuées » et autres statures monumentales. Et sans doute un peu de symbolisme, car la poésie courte s’y prête assez bien.

A propos de poème et de verbe plus aérien, qui connaît Ingeborg Christensen ?  C’est un peu froid (c’est Danois…) mais cristallin et plein de petits éclats. Fin et inspiré sur chaque ligne. J’ai découvert par hasard, sur un étalage de la librairie Gallimard, et l’automne s’en est trouvé plus charmeur.

on peut dans le mot
reconnaître la lumière
Acte incroyable”

(Lumière, I)

Trois vers minuscules, et tout est enfin compris de la poésie, cet”acte incroyable”. On se souviendra aussi de cela:

voir la plus petite parcelle de l’amour
du bonheur, comme par un processus absurde
se confondre avec l’image de l’homme
comme l’herbe, tout comme l’herbe des tombeaux”

(La vallée des papillons, VIII)

Comme si Christensen, elle, avait renoncé à tout dire, pour se contenter de murmurer.

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Un monde prochain sans visage ? Les deux tiers de la faune sauvage ont disparu depuis cinquante ans. Voilà le constat d’une récente étude du WWF. La cause : l’expansion agressive et chaotique de l’espèce humaine. Le sort est joué : ce sera un monde vide et silencieux derrière ses lignes, sans l’envol d’une aigrette, les yeux verts de la panthère, le pas lent des éléphants, le tourbillon de vanneaux sur les champs, la pose lente du cerf en alerte, et le baiser furtif de l’abeille sauvage, et toute ces sortes de prodiges. Préparons nos enfants à vivre ça, et redoutons leur reproche féroce à venir, quand ils auront compris ce que ça signifie de pauvreté.

Il y avait une interrogation, comme un jeu, sur la dernière lettre: de qui la vanité de X.Rugiens en exergue était-elle une imitation? Personne n’a eu envie de répondre. Solution: Lubin Baugin. Un peintre français du XVIIè siècle, son art est tout en épure L’original a un joli titre: “Le dessert de gaufrette”. Le voici. Un peu de paix dans ce monde de brutes…

Une image contenant intérieur Description générée automatiquement

Allons donc, ne désespérons pas complètement du genre humain, même si cet automne nous aura rendu cette effort plus difficile encore…Et retournons à la littérature.

En attendant, Les Cahiers d’Alceste, c’est plein de belles choses à lire, c’est par ici, nulle part ailleurs et ci-dessous…

www.lescahiersdalceste.fr 

Et n’oubliez pas vos bienveillants commentaires…

hervehulin6@gmail.com

Allons, donc, amis amateurs de lettres, clôturons sur un envoi plus heureux.

D’Éluard encore :

« Il ne faut pas de tout pour faire un monde. Il faut du bonheur et rien d’autre. »

 

 

Soleil et mer durcis
Hantés par le silence
La nuit veille et danse
Sur la peau du rivage
Où file l’infini
Tel un enfant sans âge

Comme la voile s’entrouvre
De l’époux quasi-défunt
L’instinct rêve et se retrouve
Dans le sable qui s’éteint

Détissant le désir et ses ors
Elle attend Fidèle et captive à la fois
Et contemple la main en visière
– Plutôt qu’une vie solitaire
Descendre sur les flots pourpres
Le rouge cyclope du soir

 

 

 

 

 

 

©hervéhulin2022

 

Il peut sembler acquis, telle une loi du bon sens, qu’on ne puisse rire que des choses comiques. Il ne serait pas besoin de disserter sur ce qui est drôle ou non. La matière du drôle est une évidence, comme un signal propre de notre espèce qui traverse les continents et rassemble dans ses effets toutes sortes d’hommes et de sociétés. Mais peut-être pas. On voit bien des gens, sans doute d’une autre espèce, qui rient des choses drôles- parfois-, mais aussi de celles qui ne le sont pas – souvent. Dites quelque chose d’amusant, ou de stupide : ils riront, peut-être plus de vous que de l’amusement en question. Dites quelque chose de grave sans même être austère, et vous les verrez qui pouffent, avec des regards appuyés. Ils riront de vous encore, ils riront de tout. N’énoncez que des choses vraies, belles, ou sages, ils riront encore.  Ils tourneront en ridicule ce qui fait du monde sa beauté ou sa gravité. Comprenons qu’ils ne rient pas des choses, mais des gens. La moquerie leur tient lieu d’espace et la raillerie de respiration. Ils railleront encore et toujours entre eux, comme saisis de l’obsession d’un chemin tracé, comme une façon pour des moineaux soudain apeurés de s’envoler. Mais de quoi donc ont-ils peur ?  D’une vérité – il faut l’avouer – malmenée au commencement de ce paragraphe : le genre humain n’a pas le monopole du rire. Il le partage avec les plus évolués des singes.

 

 

©hervehulin

Elamire est bien souvent critiquée par ses proches, ses commensaux et ses collègues. Car Elamire est jugée comme une ambitieuse; c’est un fait qu’elle aimerait bien réussir dans ses entreprises, et monter dans la société. Elle le dit, ose l’exprimer, et n’hésite pas à répondre et développer si elle en voit l’intérêt. Elle croit dans sa trajectoire. Mais c’est une ambitieuse, dit-on d’elle, et voilà tout.

On rit de la confiance qu’elle montre en elle, des qualités qu’elle s’attribue. Lorsqu’elle exposera ses idées, ses projets pour elle-même et sa carrière, on l’écoutera avec une attention fermée ; mais sitôt qu’elle aura quitté la pièce, tout ce qu’elle aura dit sera passé sous le tamis de la pire dérision. C’est une ambitieuse, répète-t-on.

C’est ainsi ; personne n’estime Elamire, car nul ne juge sa personne à hauteur de ses ambition. Ce n’est qu’une ambitieuse, dit-on toujours.

Mais voici que par une faille étrange et soudaine dans la configuration des choses, le sort bascule. Voici soudain qu’Elamire s’élève par dessus les rangs de la société telle une montgolfière par dessus l’horizon. Tout lui rit, la fortune la gratifie en toutes ses initiatives. Elle réussit, elle monte encore, les puissants la repèrent, l’embrassent, l’acceptent dans leurs rangs; ses talents, désormais justement valorisés, résonnent dans tous les espaces que le monde intelligent autorise. Le prince la reconnaît, l’appelle, la nomme et la récompense. On la presse pour des faveurs. Ses conseils sont espérés, ses interventions tellement priées.

Elamire est à présent sans cesse complimentée par ses proches, ses commensaux et ses collègues. La pertinence de ses  justes ambitions sans cesse est louée. Tous estiment Elamire à présent, et attendent sa bienveillance. Car s’ils ont changé leur avis, ils n’auront changé ni d’esprit ni de posture.

 

 

© hervéhulin

Listes de moments désagréables et pourtant familiers:

Quand la neige sur les trottoirs n’en finit pas de se changer en boue marron, en boue glissante sous la bruine qui dure.

Quand on entend  à nouveau- sans que l’on sache pourquoi – la voix des voisins dans une rumeur sourde, et qu’on ne peut s’empêcher de prêter l’oreille à leurs propos en espérant percevoir quelque chose d’indiscret qui le rendrait plus humains.

Quand il faut à nouveau se séparer et se résoudre en même temps à se retrouver d’ici peu.

Quand apparaît discrètement la petite absence dans le champ de vision, qui annonce sans faillir la migraine ophtalmique.

Quand la pluie surprend à verse et rien pour se couvrir.

Quand il faut par métier rendre compte sur un sujet qu’on ne peut trouver pertinent.

Quand, pressé par la foule dans un long trajet de métro, une foule plus dense encore rentre et vous fait plus compressé encore.

Quand on s’éveille la nuit, alors que le sommeil était doux, et la sensation soudaine d’être meurtri par l’effet d’un membre complètement ankylosé sous le poids du corps, au point qu’on ne parvient même pas avant de longues minutes, à remuer la main pour animer la circulation.

Quand l’ennui vient, alors que tout est là pour qu’il ne vienne pas.

 

©hervéhulin2022

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La poésie, c’est un mystère ; elle occupe rarement les devantures des librairies, et moins encore les émissions littéraires survivantes. Et pourtant, elle est partout, comme infusée dans le vacarme des mots et des images qui polluent notre espace. Des syllabes monophoniques de sociétés primitives, au concours de haïkus dans les entreprises japonaises, et n’oublions pas les expérimentations sémantiques d’avant-garde que plus personne ne comprend, elle est toujours là ; portée sans doute par un réseau de gnomes souterrains, qui entretiennent la flamme, on ne peut s’en passer, alors qu’elle est si peu lue. Une chose est sûre, il n’y en aura jamais trop, et du jour que le dernier poème écrit aura été oublié, distancé dans les âges, ou perdu sous le flot des téléphones portables, il nous manquera sévèrement et on aura du mal à respirer. Donc, en voici encore, de cette matière brumeuse et ininflammable. Une tentative de saisir des choses rares et d’y mettre des mots, sans plus.

HH.

La critique littéraire est un métier, et même, quelque fois, une institution. Ici, il ne s’agit pas d’imiter ce métier et d’en prendre les détours. On se contentera de partager quelque opinion qu’il est possible de retirer d’une lecture qu’on a appréciée – ou pas, d’ailleurs. Car si on est frappé de la multiplication des blogs consacrés aux commentaires et critiques de livres – dont certains d’une rare qualité – force est de constater que s’y joue toujours le même rôle. On aime un livre, on en parle et on écrit pourquoi on l’aime et recommande sa lecture. Puis des internautes pseudoisés réagissent, et expliquent à leur tour pourquoi ils ont aussi adoré, et voilà. Bon, il faut vraiment que ça existe, cela fait vivre l’univers des livres, et cela montre que malgré toutes les complaintes, on lit encore beaucoup, suffisamment en tout cas pour qu’il y ait plein d’écrivains qui vivent de ce qu’ils écrivent.

Ceci étant dit, on trouvera ici des commentaires, sans formalisme, de simples opinions tout à fait personnelles et non universitaires ni référencées, sur des livres peut-être peu connus et pas assez lus – qu’on a jugés tels, en tout cas, peut-être à tort, ou oubliés, ou trop reconnus aussi. Des œuvres qui ont imprimé un moment agréable de lecture, ou marquant, et qu’il est plaisant de retracer. On y verra aussi, quelquefois, des retours sur des livres qu’il est possible de juger moins intéressants que ce que la vox populi a établi.

J’ajoute que le but de cette chronique étant de donner simplement une opinion, et non de faire vendre un livre ou même d’accroître son lectorat, on n’hésitera pas, chaque fois que nécessaire, à spolier ce qui doit l’être, surtout si l’œuvre est dispensable. C’est le sens d’une opinion, et sa différence avec une critique.

HH.

“Si on ne goûte point ces Caractères, je m’en étonne; et si on les goûte, je m’en étonne de même”.
Jean de la Bruyère, Caractères, (50, I).

Lorsqu’on parle des caractères dans l’univers littéraire, la figure qui s’impose naturellement est celle de Jean de La Bruyère. Il a marqué définitivement ce registre, pour peu qu’il s’agisse d’un genre littéraire. Sur ce dernier terme, si on veut bien le retenir pour caractériser les caractères, on s’étonnera que personne n’en a assuré la continuité. Pourtant, si on retient la cause et l’effet, on pourra penser que notre temps s’y prête bien plus encore que le compassé XVII è siècle. La Bruyère s’en serait bien régalé. Ou il se serait suicidé devant ce siècle malade de la pensée défaite, saturé de complotisme, de trumpisme, de gilet-jaunisme, de libéralisme, d’individualisme, et gavé d’internet et d’iPhone et de réseaux antisociaux, devant cette faible idée que chacun produit sa propre morale, contre celle des autres. Et c’est alors toute une époque qui chavire.

La Bruyère fut toute sa vie un honnête homme. Écrivain exigeant avec lui-même et son style, aristocrate mais pauvre, chrétien mais pieux, pourfendeur de l’esprit dévot, à l’affût des travers des autres, mais en toute circonstance humble avec lui-même, respectueux des institutions de son temps, mais sans concession pour le goût du pouvoir, il fut avant l’heure un moraliste photographe. Il aura saisi plus que nul autre, sauf Molière, ces faiblesses du cœur des hommes qui les rendent si insupportables en société. Ces personnages, qui s’agitent devant nous comme au cinéma, ses aphorismes qui dénudent n’importe quelle vérité cachée, nous parlent d’un siècle classique révolu, et pourtant, et pourtant, on les retrouve bien, c’est notre voisin, notre collègue, notre copain, c’est tout ce monde qui parle et vibre et qu’on reconnaît sans connaître, qui nous entoure, et nous emmène, c’est eux et c’est nous, ils sont là, Ménalque, Alcippe, Zélie, Gnathon et Ergaste, devant notre palier, à la télé, à la machine à café, en réunion, dans le métro, en voyage. Ils sont toujours là et ont si peu changé après trois siècles et demi. Qu’ont-ils appris ? Et nous, qu’avons-nous appris ?

La leçon des caractères, est qu’un regard acéré mais juste sur l’autre, nourrit en modeste proportion, notre propre humanité, et nous permet de tailler et tailler encore, modestement, affectueusement, cette pierre rebelle qui reste si rugueuse en nous.

HH.

Alceste est un personnage convergent pour toute sorte d’opinions et de considérations. Molière en a fait, ainsi que les siècles qui ont suivi, le modèle de la misanthropie. Ce blog en récupère comme un reflet; point de dévastation du genre humain dans son ensemble, qui ne mérite quand même pas cela. Mais une forme de défiance, accentuée par les comportements (on ne parle plus de moeurs, de nos jours) de nos contemporains. Et une tendance à la dérision ou, plus rarement, à la compassion mais seulement lorsqu’elle est méritée.

Pauvre Alceste! lui, le sectaire, l’intransigeant, mais aussi le rebelle, que fustigerait-il dans l’écheveau abrutissant des ambitions et carriérismes, des jalousies modernes et des archaïsmes réinventés, des obsessions de complots et des réseaux sociaux, de ces médiocrités détonantes contre tant de promesses et de progrès qui éclairaient l’orée de ce siècle!  Alceste se retire dans son désert, c’est sa marque de fabrique. .Et que va-t-il y faire d’ailleurs, sinon ressasser tout ce qui ne lui convient pas de ce monde raté?  Mais de nos jours, il ne reste plus de désert,  dans le fatras des fessebouc et des millions de sites de para-information qui nous saturent chaque jour.

Il faut en prendre son parti. On ne peut faire confiance au genre humain pour  réformer l’humanité, et voilà tout. Et pourtant, et pourtant…Il reste dans l’homme, malgré tout, une belle dimension d’indulgence.

Hervé Hulin est né dans le matin des années soixante. Il est parisien de naissance, de cœur, et de profession. Haut fonctionnaire dans une célèbre collectivité locale, il est par nature absolument contemplatif, et maîtrise la félicité du zen aux confins des codir. Il ne fait pas trop confiance au genre humain ni aux choses qui vont trop vite. Il n’a pas le permis de conduire mais a franchi des parsecs de littérature par le simple travail de la patience. Il n’aime pas la haine et la violence, il apprécie d’écouter les autres, même lorsqu’ils n’en valent pas la peine dans un siècle ou tout le monde parle en même temps avant même d’être sûr d’avoir un mot, un seul, à vraiment dire. Ne serait-ce que pour en écrire quelques mots à son tour, et en garder les travers. Il sait que l’avenir est le propre de ceux qui savent palper le temps qui vient. Son horizon personnel est plutôt peuplé de silhouettes d’éléphants arpentant les rivages, de souvenirs papillonnants, discrètement éclairés de nostalgie, et de symphonies lancinantes. Ce sont les mots, et leurs connivences, qui viennent le chercher, et non l’inverse. Et il n’a jamais rien publié, à cause de son obsession du dernier mot juste. Mais il est marié, et il a un fils, et voilà tout. Aucune autre certitude établie à son actif.

Xavier Rugiens est d’essence tourangeote, mais a vécu dans le marais poitevin où il a longtemps observé les oiseaux de tous poils. Il pratique régulièrement zazen, et observe le monde et ses gens d’un oeil acidulé. Pour les besoins de son roman, il a disséqué certaines personnes de son entourage. Ami des abeilles, il aime cultiver son jardin et faire lui-même ses confitures. En littérature, il fut adepte occasionnel de la secte de l’Oulipo. Il a été lauréat de plusieurs concours de nouvelles noires (Lamballe, Noires de Pau, Noeux les Mines). Tout en  appréciant les textes à la trivialité décalée, il défend l’idée que l’écriture doit être jubilatoire, pour que la lecture soit joyeuse. Parfois, aux moment de spleen, il sait se transformer en un philatéliste attentif. Mais il lui arrive plus souvent de rire tout seul devant son écran.

Lettre d’information N°4 – Mars 2022.

 

Nous nous accoutumons trop vite à ce que nous avons. Dieu merci, le printemps vient parfois remettre du désordre dans tout ça, nous découvrons que nous n’avons jamais rien eu à nous, et cette découverte est la chose la plus joyeuse que je connaisse”.

Christian Bobin, “L’équilibriste -(Le temps qu’il fait)”.

Du blog et de son effet miroir.

Ecrire en mode numérique, c’est comme envoyer une sonde dans l’infini glacé du cosmos, sans avoir l’assurance d’une rencontre. Tout blog procède de la préoccupation d’un reflet – l’auteur- dans son miroir, car on y écrit, avouons-le, d’abord pour soi-même. Pour soi-même, mais un soi-même un peu faux, en espérant que l’autre s’y reconnaisse en quelque détail de lui-même. Une connexion positive peut ainsi se nouer, et voici le genre humain sauvé une fois de plus…

C’est un peu tâtonnant que j’entame cette quatrième lettre d’Alceste. J’avais soigné les précédentes, sans excéder l’appel promotionnel sur mes nouvelles écritures. Mais je dois constater 1. la vanité possible de mon invention. 2. la paresse probable de mes destinataires. Moins de la moitié aura ouvert le dernier lien (Lettre N°3), malgré la circonstance du nouvel an, et la jolie aigrette, saisie sur une rivière du Sri Lanka. Et surtout, aucun retour sur le lien à leur disposition. Oui, WordPress dispose d’une sorte de mouchard qui révèle ceci et cela. J’y ai constaté des pics de consultations étonnants (jusqu’à 246 visites sur le site le 24 janvier, par exemple, allez savoir pourquoi); et le mineur “Conotron”, avec ses grosses blagues, est bien plus fréquenté que les “Poèmes”. Bon. Qu’en dis-tu, O lecteur flottant et anonyme?

Ah, paresse des esprits, saturés de mots et de nouvelles…Je rêve parfois d’un dialogue, qui dépasserait la loi des cent quarante quatre caractères.

Comment imaginez-vous l’avenir de l’Afrique? Voilà une belle question. Vous trouverez en ligne une critique d’un récent roman uchronique, ou dyachronique, quelque chose comme ça, qui vous invente l’Afrique du futur en près de six-cents pages. Ce n’est pas de trop pour projeter ce continent tout entier dans une sphère optimiste de réussite et de prospérité – d’autant plus que le reste du monde y apparaît plus bas que terre. Lecture captivante, qui vaut bien les heures d’attention imparties à ce volume. Le résultat n’est peut-être pas à hauteur du pari tenté, mais une telle invention a le mérite de fixer un nouvel angle du regard sur l’Afrique. Et si le continent de l’avenir, c’était ça?  (Leonora Miano, L’impératrice rouge).

Comme une sorte de symétrie à cet étonnant roman, belle découverte cet été d’un grand poète, nigérian. Christopher Okigbo. Mort pendant la guerre du Biafra – il crut à l’indépendance- il a son univers propre, ancré dans le XXe siècle: on appréciera le sens des images abstraites.

Jusque dans l’âme 
Les moi étendaient leurs branches
Jusqu’aux moments de chaque heure vécue
cherchant une audience à tâtons

                             (Limites de la sirène, II)

Ecriture d’une étonnante modernité, lyrique et ciselé, déroulant un art nuancé du contraste verbal; et dans une belle traduction. Labyrinthe, et c’est chez Gallimard. Admirez.

Et voici le point critique
  moments crépusculaires entre
  somme et réveil
Et la voix qui renaît transpire
  non par les pores de la chair
  mais par l’échine de l’âme

                                (Limites de la sirène, III)

“J’éteins la lumière, où va-t-elle” (Koan zen)

Fragilité de la lumière. Qui s’est déjà demandé ce qu’il y a après la lumière? Les saisons dans leur mouvement nous en suggèrent quelques vues. Le photographe argentique, en son temps, le savait peut-être…Et des soupçons de réponse dans quelques jours, quand ce sera mis en ligne. Mais ce sera un poème –  vous savez, ce genre de curieux textes qui s’exprime d’une si curieuse façon – enfin fini, et lisible.

Ce siècle qui n’en finit pas de commencer, déjà vieux avec un âge de jeune homme, est celui des vanités. Rien ne dure ni ne se pose, voilà qui fait la beauté de ces passages dont l’instant nous éclaire. Ce fut ici promis, comme un bourgeon, Alceste vous en parle dans une nouvelle rubrique qui sera en ligne aux prémices du printemps.

Des caractères…(Et l’avenir de l’Europe, me direz-vous?) En attendant, la spirale sombre qui entoure le monde et la déraison des hommes semblent s’accélérer. Il y a toujours quelque part, comme on la déteste et la repousse, cette inclinaison pour la guerre et sa triste pénombre qui revient, en nous, ou au loin. Deux ou trois nouveaux caractères en retraceront la pulsion (Les somnambules; le dieu de la guerre…). Et puis, probablement, si l’humeur de ces jours me permet de l’achever, un poème qui évoque la lointaine Ukraine, vive et meurtrie en même temps; ça ne sauvera pas le monde, mais quand même.

Voilà, bientôt “Le printemps clair, l’avril léger” dont rêve Apollinaire, le printemps et ses émulsions colorées qui frissonnent déjà dans l’air parisien. Alors, gardons confiance autant que possible dans le genre humain, malgré la laideur qu’il nous montre à nouveau à l’Est ces jours-ci.

La littérature amateure est un viatique; au pire, un efficace placebo…

Les Cahiers d’Alceste, c’est par ici et ci-dessous…

www.lescahiersdalceste.fr 

Et n’oublions pas vos bienveillants commentaires…

 

“Les cahiers d’Alceste”: lettre  d’information  n°2.

 

Une image contenant intérieur, fruit Description générée automatiquement

Au sommaire de fin d’année des “Cahiers” : mais que va encore nous sortir Alceste?  Disons que le paysage de la société française ces dernières semaines ne va pas inciter à se réconcilier avec le genre humain. Mais ce qui compte, à la fin, c’est de lire des histoires avec goût, fruit et saveur, et de belles figures verbales : n’est-ce pas un peu cela, la littérature (amateure, toujours)? Donc, dans les semaines qui viennent, de nouveaux textes…

Les Cahiers d’Alceste, c’est par ici et ci-dessous…

www.lescahiersdalceste.fr 

 

 De nouveaux “caractères” évidemment. La contemplation critique et compulsive des mœurs de notre société française continue. Dépression, Ostentation…C’est étonnant comme bien des gens nourrissent une tendance à se plaindre, à se réduire, pour qu’on les remarque et les rassure; mais à force de tenter qui vous savez… (“l’entonnoir”). L’autre obsession dominante, est celle de se montrer, tel qu’on est, ou tel qu’on se voit, tel qu’on veut être vu. Quelques images et reflets donc sur ce sujet (“l”exocet”, “sentiers de la gloire”,et vous serez initiés à la “méthode de l’affluence”). Et aussi, un peu de compassion pour la finance et ses agentstout à leurs transactions, ces gens-là ne voient rien venir. Quelques animaux, portraits d’inspiration modeste, entre les deux géants Jean, La Bruyère et La Fontaine. Cela en fait, des nouveautés dans les semaines qui viennent !

De nouveaux poèmes, c’est irrépressible. Qu’est-ce qu’on voit, qu’est-ce qu’on imagine, au gré imperceptible des saisons qui passent, qu’est-ce qu’on ressent, Après la lumière ? Comment se retrouve le monde, Après la lumière ? À découvrir aussi : ce drôle de phénomène qu’est le Noème. Mais c’est quoi, ça ? Peu importe, vous verrez bien, et partirez à la Quête du noème : pas garanti que vous le trouviez, mais exercice vraiment gratifiant, c’est promis…D’autres poésies sans doute, dont trois sonnets de Xavier Rugiens; mais à l’heure ou s’envole cette lettre N° 2, bien des choses et des mots bouillonnent encore sans avoir rencontré la juste fréquence. Car la poésie, c’est une affaire d’altitude, non? Alors on lèvera les yeux vers le ciel, et avec ces mêmes yeux, on écoutera la parole des Nuées…

Le Conotron ? Toujours en flux tendu, quelle inspiration ainsi permise, merci le genre humain ! Vous pourrez bientôt lire : les délires et obsessions du wokisme sur l’œuvre de Beethoven (et oui, le plus grand des grands, le pur zénith…), ça vaut le détour. Et toujours la vie des français, pour vous distraire : rien que du vrai, du vu, du vécu.

Bien sûr, de nouvelles opinions de lecture. On a pas mal lu, ces temps-ci. Notamment, un roman très agréable d’un auteur que vous ne connaissez pas (si si, on parie ?) sur la justice élémentaire d’un homme juste. Ce n’est pas un professionnel, et on a apprécié. Et les Feux, très beau roman, (un peu secouant à vrai dire) pour ceux qui, de bon sens primaire comme moi, jugent que la guerre ne laisse toujours que salissure. Rendez-vous aussi aux pionniers de l’âge rock psychédélique, avec un roman d’un auteur italien en errance spéléologique dans la mémoire de Pink Floyd. Et d’ici là, on aura sans doute encore lu des choses, et aura en conséquence sans doute encore des choses à vous en dire.

Les contes ? Suite et fin du « Barde », évidemment ; terminera-t-il son grand œuvre, notre barde ? D’une certaine façon, il finira en effet.

Enfin, et peut être, mais sans assurance, il est possible qu’une nouvelle rubrique s’ajoute à celles déjà plus si jeunes, de nos “Cahiers”. Car cela fait déjà une année que toutes ces petites chroniques palpitent ainsi. Bon anniversaire, Alceste.

Voilà, c’est parti, et bientôt 2022 ! Bien à vous, et gardez confiance dans le genre humain. La littérature amateure est son viatique.

Les Cahiers d’Alceste

www.lescahiersdalceste.fr

 

Et n’oubliez pas : vos commentaires (bienveillants) et vos retours (encourageants) c’est ICI : hervehulin@orange.fr

 

 

La lettre d’information des “Cahiers d’Alceste”, le blog littéraire d’Hervé Hulin. (N°1 BIS – Octobre).
Une image contenant eau, extérieur, arbre, étang Description générée automatiquement
Au sommaire de la “lettre d’Alceste” N° 1.

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« Tous ces défauts humains nous donnent dans la vie – Des moyens d’exercer notre philosophie »

Molière – Le misanthrope, V, 1

Les cahiers d’Alceste” proposent au lecteur qui voudra bien s’y pencher, plusieurs rubriques : les “Caractères” imitation modérée de La Bruyère en voyage dans notre siècle confus, des poèmes et de la poésie, des chroniques de lecture, une chronique (légère) de la connerie humaine, et des contes. Mais ne vous arrêtez pas sur la page d’accueil: allez fouiller dans les rubriques. C’est là que se trouve la matière. Et les paysages.

On ne mettra dans cette lecture, ami lecteur, que le sérieux qu’on voudra bien y mettre.

Les Caractères… sont de retour.

Les “Caractères” nous parlent très simplement des gens, et des travers de ces gens dans les travers de notre temps. Vous reconnaîtrez Demophile et Dorinte (vous les avez assurément déjà croisés…); et puis Gnathon, immanquable qui vous fait rire et vous agace en même temps. Apprenez – ou confirmez-vous – qui sont les Sycophantes… Et aussi Arsinia, terrible et pathétique, Ménippe, Démophile, Hermas et sa (violente) passion des oiseaux, Zélie  face à son équation…Compatirez-vous au sort de Memnon ? C’est selon, mais la réponse indique pour qui vous votez… Et qu’appelle-t-on les “inimitiés subliminales” ? Il y a lieu aussi de livrer quelques moralités. Il faut le dire, les moeurs de notre temps sèment bien de la consternation. Mais pas que…

Tout cela et bien d’autres gens et considérations, dans les “Caractères”...

Bientôt : Dies irae, ou comment s’emmerder à la Messe. “L’ile noire” ou chronique ordinaire de la solitude aigrie ; et un peu de zoologie pour comprendre nos frères humains.

Originalité d’Alceste : Le Conotron.

C’est une chronique de la connerie ordinaire. Ce qu’il y a de bien avec la connerie , c’est  qu’elle est toujours celle des autres. Profitons-en. Et en plus, exclusivité sur les “Cahiers”, un indice conoscopique, instrument de mesure complètement objectif et scientifique, pour mesurer cette subjective substance sur une échelle de 1 à 10.

Bientôt : pas de bientôt particulier: car la matière première est ici à flot continu… Et elle sait nous surprendre toujours.

Et un “coming out poétique” scintillant, un !…

Qu’est-ce qu”un coming out poétique” ? Certains d’entre vous ont bien quelque poésie écrite dormante, cachée dans un tiroir ? Mais à un moment, il faut bien aller voir si le lecteur existe, non ? Eh bien vous découvrirez les penchants – esthétiques- des auteurs. A ne pas manquer malgré tout, si la poésie n’est pas (encore) votre affaire: les “six sonnets” de Xavier Rugiens;  un “nocturne” qui vous captivera. Et cadeau des auteurs: deux traductions (pirates, et pour le non-prix d’une…) de “La colline que nous gravissons,” d’Amanda Gorman.

Bientôt : un complexe édifice: “le Voyage en Orient”. Et la suite N°2 des “poèmes courts“.

Et des nouvelles du conte… Ou conte des nouvelles, c’est selon.

Qu’est ce qui obsède donc le Barde ? La composition de son grand-oeuvre en solitaire ? Ou la mystérieuse inconnue qui chante la nuit ?

Bientôt : la suite du “Barde” (2è partie)

Et des chroniques de livres à lire (ou pas, contentez-vous d’avaler les chroniques, et vous parlerez du roman même dans vos dîners en ville !).  On vous donne ici des impressions sur des romans, et quelques récits de voyage. Des livres peut-être (c’est un point de vue) insuffisamment connus. Mais pas tous. Si ce n’est déjà fait (on l’espère) vous partagerez le sentiment de consternation vécu à la lecture du plus mauvais écrivain de notre temps. Et vous aurez envie (Si…si…) de lire des japonais. Les africains sont étonnants aussi. Qui connaît Nnedi Okorafor ?  Et si vous ne devez lire qu’un seul récit de voyage en toute une vie: “le Voyage en Orient” de Lamartine. Un émerveillement.

Bientôt : les voyages d’Audubon dans l’Amérique sauvage à l’aube du XIX è siècle, et un roman (étonnant) sur les états d’âme des éléphants.

 

D’avance, merci de votre lecture indulgente, bienveillante, et peu ou prou attentionnée.

Ne désespérons pas trop de notre temps! Et si vous avez des congratulations à émettre, ou des améliorations à suggérer:

hervehulin@orange.fr

 

 

 

 

“Les années nous viennent sans bruit.” Ovide. Les Fastes. VI, 771).

Déjà 2022…Et voici encore une année qui s’envole…Mais où vont-elles toutes comme cela?  D’où viennent-elles?

Des souhaits et des vœux. Bien sûr, c’est le nouvel an ! Que souhaiter en cette année balbutiante, qui semble déjà lassée avant que d’avoir commencé ? Après tout, une bonne année, certes, mais pour quoi faire ? Se stresser en comptant les variants qu’égrène malignement notre virus familier ? Non. Contempler les phases savantes que la Terre démontre dans sa riposte climatique désormais quotidienne contre notreespèce ? Non plus. Se rappeler en marchant dans la rue, qu’un français croisé sur trois est désormais d’extrême droite ? Non, encore non. Allons donc… Il y a mieux à vivre que nos peurs.

Souhaitons-nous des choses durables. Souhaitons-nous de belles patiences, de longs silences. D’attendre un peu moins du genre humain dans sa masse (il nous décevra encore, mais nous amusera toujours, vous verrez…) ; et un peu plus de soi-même, de ceux qu’on aime et qui restent tout près. Ce qui sera déjà pas mal.  Savourer la brièveté des belles choses, et l’éternité de leur souvenir,  et contempler les effets de lumière sur nos paysages extérieurs et intérieurs. Allons, profiter des belles choses que nous offre le monde. Le ciel sait qu’il y en a, suffit de les chercher.

Souhaitons-nous des miracles. Souhaitons plus encore.

Alors, de jolies choses pour commencer l’année avec une sensation de bonheur.  Je vous suggèrerai- à propos de lumières – quelques lectures, qui ne figureront pas dans les chroniques de nos « Cahiers ».

Tout d’abord, le magnifique « Vous avez connu Rimbaud ? » de Jean Rouaud, illustré par Rachid Maraï ; on est proche du roman graphique, mais avec Rimbaud, tout est déjà roman, tout est déjà graphique. (Ed. Dunod/Graphic). Vous serez transporté avec magie dans cette étrange lueur que laisse partout le sillage de notre plus grand et mystérieux poète : la famille, les proches, ceux qui affirment en être, ceux dans l’ombre du géant, et qui l’ont vu passer en toute hâte. Vous aurez la sensation d’être un invité de cette communauté lointaine, attablé ou en chemin avec eux, et vous refermerez le livre comme un familier.

Une très belle édition bilingue de Dante dans la Pléiade, la « Comédie » ; je ne parle pas le florentin du XIII è siècle, comme tout le monde d’ailleurs, et pourtant, et pourtant, ça vaut la peine. Quelle langue, quel vertige ! Entamé la(re)lecture du « Purgatoire ». Spectacle désolant des châtiments divins, peu de différence dans le sadisme, avec « l’Enfer » rendu plus célèbre par les romantiques. Comme cette religion est cruelle !  Quel effort exigé dans la lecture, quelle attention aussi! On ne va pas se le cacher, la lecture de Dante n’est pas une bluette. C’est le poète absolu de la densité (pour chaque Chant, l’édition vous produit dix pages de notes en fin de volume, profitons-en pour devenir moins ignares). Très riche commentaire de Borgès traduit dans ce volume, en prime.

On pourra aussi profiter en ce début d’année d’un peu de poésie. Très élégant, très pertinent « Petit éloge de la poésie » de Jean-Pierre Siméon (Ed. Folio Gallimard); c’est léger et aérien, c’est malin. Et sur un mode plus grave, « Je ne peux y croire », fascinant volume d’anthologie de haïkus «atomiques» : laissons-nous éblouir de l’incroyable résilience de l’esprit japonais face au triple drame nucléaire d’Hiroshima, Nagasaki, et Fukushima, et son cortège d’horreur – résilience et ré-émergence de l’humain, par la poésie (Anthologie établie par Dominique Chapot, Ed. Bruno Doucey). Tenez, prenez ça :

Libellules au ciel
Les enfants dans ma tête
Qui ne vieilliront jamais

(Matsuo Asuyuki)

 

Ou encore :

Cosmos en fleurs
Débris de tsunami…
Rien ne change

(Manabe Ikuko)

 

Éblouissement encore. Allez-vous promener du côté de l’Hôtel de la Marine (Place de la Concorde), et, émergente comme d’un temps retrouvé, la collection Al Tani vous ravira des merveilles des civilisations, de tous les continents, et nous rappeler ces beautés que parfois, savent nous donner les hommes.

 

Mais nos « Cahiers d’Alceste » que vont-ils donner encore en 2022 ? Je ne suis pas sûr d’en avoir aujourd’hui LA réponse.

Les « Caractères » vont s’enrichir, et l’effondrement des formes élémentaires de lucidité autour de nous pousse à scruter encore et encore nos contemporains dans leurs travers.  C’est sans fin, cette affaire…On vous parlera de haricots, de tristes parleurs et de somnambules. D’autres facettes, aussi.

Toujours le Conotron, et bien des poèmes en approche…

Dans cette obsession de capter l’air du temps et d’en conserver un souvenir, une simple vibration, un nouveau chapitre sera ouvert. Des évanescences…

Les Cahiers d’Alceste, c’est par ici et ci-dessous…

www.lescahiersdalceste.fr

Bien à vous, mettez le bon pied en avant pour entamer 2022 (déjà !) et gardez confiance dans le genre humain. La littérature amateure est son viatique.

Et n’oubliez pas, O lecteurs: vos commentaires (bienveillants) et vos retours (encourageants) c’est ICI : hervehulin@orange.fr

Très belle année, pleine de littérature (amateure ou pas) à vous.