Un homme meurt. Il se retrouve dans l’au-delà, face à la porte des enfers. Celle-ci s’ouvre alors lentement, découvrant un long couloir sombre, chargé de soufre et de fumée. Au bout de celui-ci, une lumière, un petit bureau, très fonctionnel. Un diablotin l’accueille tout sourire.

– « Bienvenue aux enfers, cher monsieur «

– (…)

« Je suis le diable mineur préposé à l’accueil. Je m’occupe des formalités. Laissez-moi vous dire que vous n’avez pas à avoir peur. Ici, tout est dédié à la jouissance du vice et du plaisir, pour l’éternité. Ce n’est pas du tout ce qu’on vous a dit dans votre éducation religieuse, la souffrance, la damnation, tout ça. Bien au contraire. Vous verrez, vous vous plairez ».

« Ah…Vraiment ?… »

« Oui, oui, vous verrez. Et puis les prestations sont de très – mais alors, de très- haute qualité. Le Patron veille au grain sur ce point, rassurez-vous. »

Le nouvel arrivant reste un peu dubitatif.

« Euh…Si vous le dites… »

« Voilà le principe. Chaque jour de la semaine est entièrement consacré à la jouissance totale d’un vice. C’est sans limite, de minuit à minuit. Et puis comme vous êtes à présent libéré de toute forme d’enveloppe corporelle, pas de fatigue, de contre coup, etc. Vous verrez. »

« Je ne voyais pas ça comme ça, il faut bien dire. »

« C’est normal, dit le diable. Tenez, demain c’est mardi. Mardi, c’est gourmandise. Croyez-moi, faut voir ça pour y croire. Les mets les plus délicats raffinés, préparés par les meilleurs chefs étoilés parmi nos hôtes. Sucré, salé, comme vous voulez. On s’empiffre, on déguste. Des vins divins, des alcools de luxe. Si vous voulez bio, pas de problème. Et pas de gueule de bois, de crise de foie évidemment. Croyez-moi, cher monsieur, vous allez aimer les mardis. »

« C’est tentant, » balbutie l’intéressé…

Le diable mineur continue.

« Mercredi, le jeu. Vous êtes joueur ? Peu importe, vous apprécierez. Poker, baccara ou Monopoly, scrabble si vous préférez. Vous pouvez jouer, gagner, perdre des sommes colossales, no limit. Si vous gagnez, vous rejouerez le mercredi suivant. Si vous perdez, la dette s’efface à minuit, et on recommence la semaine suivante. Vous verrez, c’est grisant. Le plaisir de l’addiction, sans morale pour vous enquiquiner… Vous allez voir, vous adorerez les mercredis… »

Le gars commence à être vraiment motivé. Et on sait ce qu’il attend, évidemment.

« On continue le programme. Jeudi, paresse. Tout le temps. La joie de ne rien faire, mais vraiment rien du tout, à chaque seconde. La glandouille totale. Vous pouvez choisir un hamac, sur une plage avec cocotier et brise tiède ; on a aussi des couettes et matelas incroyables. Pour sentir l’oisiveté imprégner chaque pore, chaque seconde, et penser à tous ces imbéciles, à la surface de la terre, qui triment pendant ce temps-là. Ça vaut bien le coup. Croyez-moi, vous allez vraiment aimer les jeudis… »

« Oui, oui, répond l’autre, de plus en plus excité. Ça me plait bien. Et la suite ? »

« Vendredi : luxure. Oui, vous attendiez ça, je sais, comme tout le monde. Du sexe, du sexe, et encore du sexe. Alors-là, vous allez voir ce que vous allez voir. Ça y va de partout, tout le monde s’y met, dans tous les sens, et ça n’arrête pas. Tous vos fantasmes accomplis sur simple souhait. Dès que vous avez joui, ça recommence. Des créatures de rêve, vos pornstars favorites, vous vous les faites sans pause. «

-« C’est vrai que c’est drôlement bien ici », répond l’autre, à présent tout enthousiaste.

– « Puisque je vous le dis. Par contre, reprend le diablotin d’accueil, j’aurais une question un peu personnelle à vous poser, pour le bon déroulement du vendredi… Disons, intime… »

– « Oui, je vous écoute, pas de problème. »

-« Alors voilà, cher monsieur. Êtes-vous homosexuel ? »

-« Ah ça non », répond le bonhomme. « Pas du tout ! Rien à voir avec tout ça. J’ai toujours été bon chrétien ».

– « Hmmm… Vous êtes sûr ? «demande le diable mineur  « Pas une seule petite tentation de ce genre ? une petite transgression de votre vivant ? »

– « Non, non, et non, je vous dis », déclame l’autre.  « Pas de ça chez moi »

– (…)

– « Croyez-moi, ça, c’est pas mon truc ! »

– « Eh bien, mon cher monsieur, lui répond le diablotin préposé, mon cher monsieur, vous n’allez pas aimer les vendredis. »

 

 

PS : On peut aussi raconter sur le mode inverse, homo vers l’hétéro ; ça marche aussi…