
Argan et Ariane sont heureusement mariés depuis bien longtemps. Cette sédiment est beau, on le le niera pas. Tout n’est plus qu’harmonie lente du quotidien à ces âges-là.
Comme chaque matin, Argan prend sa pilule.
– Ah tiens, dis Ariane. Tu prends un traitement, maintenant?
– Bien sûr, répond Argan. Comme tous les matins, pour mon hypertension. Depuis près de dix ans, maintenant.
– Ah tiens, je ne le savais pas, murmure Ariane, retournant à son journal.
Quelques années plus tard, elle s’étonne encore
– Ah tiens, Quelle est cette apparence? je trouve que ça ne te va pas , te raser la tête ainsi de si près.
Mais, lui répond Argan, je ne me rase pas. Je suis une chimiothérapie depuis un an maintenant
-Ah tiens, je ne le savais pas. Tu es si discret, dit-elle, fronçant les sourcils.
Le temps passe encore, elle vient questionner à nouveau.
– Dis-moi mon coeur? On ne te voit plus à la maison, ces temps-ci. Que fais tu de tes journées?
– Mais, lui répond Argan, je suis mort maintenant.
– Ah tiens, je ne le savais pas. Tu ne me dis jamais rien, murmure-t-elle avec une larme.
Les anciens sentiments vont ainsi qu’un fleuve au milieu de la ville. Les flots en sont animés d’une constance si ancienne que les jours, même assombris, n’y ont plus de prise.
©hervéhulin