Tout disparaîtra, des années et leurs bruissements. De tout ce qui a été aimé, construit, donné, de tout ce qui fut révolté, fidèle, conciliant, l’essence s’évaporera, et l’univers aussi perdra dans ce mouvement les déclinaisons de son écho. Le rire de la petite fille, le chant de la mésange. Le bois qui craque sous la flamme, le tambour de l’averse au-delà du toit. La voix de ceux qui sont morts et qu’on avait tant aimés, des enfants toujours vivants mais à peine vieillissants, et qu’on n’a pas vus depuis longtemps ; le bruit du saphir sur le vinyle, le son du premier vélo, la tonalité exacte des pompiers. Des bruits tourbillonnants, de foules et de familles, de fêtes et d’écoles. Les années qui emportent les années disparaîtront aussi. Tout s’effacera, mais dans un empan de durée si différent. Ne restera rien, sauf pour leur malheur, la mémoire des hommes. Et pour leur rare bonheur, le silence qui suit le bruit.

 

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