Après une saison à peine observée, une autre qui vient. Certitude que les saisons n’ont pas de réalité dans le monde ; qu’elles ne sont que des impressions que le climat ou la lumière marquent sur nos sens ; qu’elles ne tournent jamais, mais seulement changent leur direction, comme une flamme sous le vent; et qu’à la fin, elles ne font qu’une, dont seule la couleur varie. La vie est comme l’univers : une grande courbe, très lasse, très douce et qui ne finit jamais de s’étirer.

 

©hervéhulin2023

Listes de moments désagréables et pourtant familiers:

Quand la neige sur les trottoirs n’en finit pas de se changer en boue marron, en boue glissante sous la bruine qui dure.

Quand on entend  à nouveau- sans que l’on sache pourquoi – la voix des voisins dans une rumeur sourde, et qu’on ne peut s’empêcher de prêter l’oreille à leurs propos en espérant percevoir quelque chose d’indiscret qui le rendrait plus humains.

Quand il faut à nouveau se séparer et se résoudre en même temps à se retrouver d’ici peu.

Quand apparaît discrètement la petite absence dans le champ de vision, qui annonce sans faillir la migraine ophtalmique.

Quand la pluie surprend à verse et rien pour se couvrir.

Quand il faut par métier rendre compte sur un sujet qu’on ne peut trouver pertinent.

Quand, pressé par la foule dans un long trajet de métro, une foule plus dense encore rentre et vous fait plus compressé encore.

Quand on s’éveille la nuit, alors que le sommeil était doux, et la sensation soudaine d’être meurtri par l’effet d’un membre complètement ankylosé sous le poids du corps, au point qu’on ne parvient même pas avant de longues minutes, à remuer la main pour animer la circulation.

Quand l’ennui vient, alors que tout est là pour qu’il ne vienne pas.

 

©hervéhulin2022

Entre les éblouissements des sens, la mort danse éternellement autour de nous, à chacun de nos pas, comme une mystérieuse luciole trop familière pour nous captiver encore, sans que notre coeur, tout occupé qu’il est par les choses de la vie enchaînées à leur étrange cortège, la fixe un seul instant; protégée par une invisible défense immunitaire, qui seule donne goût à l’existence, notre conscience se consacre à nous faire vivre comme si ce train était sans fin. (suite…)

Sans doute toujours considérer, à l’instant de chaque matin qui lève, sa propre vie comme achevée. Aussi dément que ce propos paraisse dans notre siècle seulement soucieux d’embaumer chacun de ses jours. Notre vie n’est ni longue ni brève : elle est toujours rattrapée par cette ombre familière qui guette et avance ; qu’attendre d’autre, raisonnablement, que ces reliefs translucides qu’elle nous a imprimés ? De fortes images qui nous font vivre. (suite…)

Une vie très heureuse ne le sera jamais absolument, car en chacune des circonstances qui éclairent sa chance, elle restera voilée de la crainte de se perdre et soumise aux caprices de la fortune ; une vie malheureuse, malgré tout l’accablement et la peine de ses trop longues années, ne le sera jamais absolument, car elle ne pourra craindre la ruine de sa situation, et palpitera éternellement dans l’espérance d’une infime lueur, qui pourrait en soulever la pénombre. De sorte que l’homme ne connaîtra jamais ni le bonheur ni le malheur, et voilà tout ce qui en fait la fragilité mystérieuse.