I. Cirrus (I Majeur).
II. Stratus
III. Cumulonimbus
IV. Noctulescent
V. Stratocumulus
VI. Altocumulus
VII. Nimbostratus
VIII. Homogenitus
IX. Cirrostratus
X. Cumulus
XI. Pyrocumulus
XII. Altostratus
XIII. Cirrocumulus
XIV. Mammatus
XV. Cirrus (II Mineur

 

 

    1. I. CIRRUS (I : majeur)

 

Espacé dans l’azur
Je contemple et fixe les distances
Vous si bas qu’ignorent
Mon altitude et ma vertu
Levez vos yeux

Scintillante est ma canopée
Plus haut encore
Comme cette extase est glacée

Nébuleuses de cristal
Délicieux filandres
Échelonnements de vivantes virgules
J’admire notre matière
Aussi, et l’épaisseur de mes frères
Si haut perché Je reste là
Mais comme votre monde est bas

Dans l’or du soir
Un oiseau se presse
Glanant les augures
Sur l’envers des hauteurs
Mystique plumassier de vos songes
J’apporte la nouvelle que tout lendemain
Reste perturbation

Je suis l’élégant
L’ineffable effacé
Et le plus haut placé

 

II. STRATUS

 

Effleurant les pointes des cèdres
J’embrasse et presse vos labours
Implorez-moi O suppliants
Je vous touche et voici la brume
Si sage Les pluies vous incombent
Et d’un murmure je féconde
Vos espérances Vos prières
Attendez-moi que je m’allonge

De l’hiver je trace la norme
Je rampe et passe en vos journées
Dérivant de formes en formes
Vos songes ainsi épousés
Ample de vos altérations
Nourri de vos profanations
J’imprime sur vos vies urbaines
Leur unité d’ombre et de peine

Moi votre familier J’enfante
De jeunes ruisseaux de grisaille
La pluie discrète en représailles
Mouille les lignes qui serpentent
Sillages blancs d’anciens rayons
Comme un air de transgression
Brouillard vieilli sur une peau d’enfant
Je suis le souffle opaque et mince en même temps

 

 

III. CUMULONIMBUS

 

Vers l’exosphère qui médite
Je flotte d’un passif élan
Transparent vers la terre
Solide vers l’éther
Mais d’un pas de titan
Amant fragile du zénith
Et monopole du tonnerre
Ma tête à l’orée des corps célestes
Sans bouger Sans coucher ma colonne si dominante qu’un esprit avancé n’en saisit rien de la base ni du sommet d’albâtre
Voici l’immense et vertical panache
Galaxie dansante Le bleu tournoie autour
Et les vols charters me transpercent
Lentement Géant voyageur
Ivre colosse je rêvasse
Quand les oies barrées me surpassent
Quelles tentations me-donnez-vous
Sous l’invisible chevelure
Gardien désigné des orages
Et si mes masses magnétisent
Des pluies blanches à mes pieds
La foudre et leurs peurs s’électrisent
D’un éclair où la nuit s’unit avec la nuit
Je suis le temple et ma cime un secret
Si près des dieux et du paradis
O tendres consolations
Je suis la muraille majeure
Entre l’humain et son éternité

 

IV. Noctulescent

fils de la mésosphère
je ne suis pas des vôtres
je glace et je brûle la nuit en même temps
en filaments incandescents
d’or et bleu compensés
si loin si haut Intouchable

mystère aérologique
la nuit est moins nocturne quand je l’étreins
voûte de lumière enfin possible
ce qui habite mes voiles admirés
derrière l’encre éclairée
comme de l’intérieur
d’une indifférente beauté

 

    1.         V. STRATOCUMULUS

 

De la terre et ses colères
Je fais reddition de ses eaux
Sans mouvement c’est un envol
Près des labours et des forêts
Je suis l’habituel suspendu
Dans l’attente et dans la cendre
Des frimas je dicte l’empire.
Des horizons chenus je reste le fidèle

Quand l’âme crédule interroge
L’hypothèse de mes présages
Le ciel blanc reste sans visage
Loin des rites et des éloges
Et ce frisson d’espoir
A renversé le soir

 

VI. ALTOCUMULUS

 

Les temps que nous vivons sont tellement changeants
Le vent nous fait plus indécis
La lumière un jaune lacis
D’un geste négligent l’éther a parsemé
Une idée de gravier brumeux
Dans le creux du contour des cieux
Le long d’un rivage inversé
Scintillent d’ultimes arpèges
Irisés de reflets mineurs
Diadème discret de l’astre supérieur
Les graviers ne sont plus que neiges.
Cette dentelle d’aubépine
Caressée dans le feu du soir
Comme un écheveau de miroirs
D’un dernier frisson s’illumine
Et dénude enfin son trésor
D’un million de boutons d’or.

 

    •          VII. NIMBOSTRATUS

 

Nous séparateurs passagers
Des inextinguibles époux
Qui se proclament Ciel et Terre
Organes lourds et établis
Dans l’intime d’un gris poussière
Nous rassemblons l’épars sous la masse
Nous acheminons les frissons liquides
Comme des fantômes solubles
Par le seul effet de leur ombre

Et l’impression – seulement l’impression- de notre lumière blanchie affleure à l’intérieur de nos volumes agencés sans nul besoin du soleil – espoir souvent dilué dans la multitude – qui apprécie souvent et même nous remercie de pouvoir disparaître au-dessus de l’étendue pour se retirer un peu de l’agitation du monde mais concédant à la terre et par-delà nos chairs son rare éventail de javelots translucide puis le don d’une trouée de sa lumière soudain permise

Nous voilons son éclat à
vos regards et vos
regards à son éclat

Médiateurs à perte de vue
Nous caressons sous notre flot
Des collines la nuque indigo
Les villes et les cheminées
L’ordre des villes et des rues
Nous voilons de cendre les plaines
Les affluents et les marées
Bien des couleurs et des palais
Tous masqués sous la joie et la peine
Des souvenirs trop tôt en allés

Parfois à l’angle des empires
Ou à l’échappée des lisières
Nos soubassements se déchirent
Réveillant l’argent des rivières
Des ondées alors vous embrassent
Des jeux de neiges et de glace
Dans leurs écoulements entraînent
Des silhouettes de caravelles
Séduits dans la rumeur lointaine
De l’eau si proche qui ruisselle
Les hommes en nos saisons
Naviguent loin et se défont

 

 

 

 

 

 

 

 

VIII. Homogenitus

de l’homme en fuite un ciel ratissé
divague Obsession à la dérive
des carrefours et des chemins
de tant d’aéronefs dissous

O Désespéré
le sillage s’échappe
s’élargit et s’évanouit
et soudain géométrique
entaille impunément l’azur

condensé où va-t-il ?
des foules en voyage
l’ultime trace s’évapore.
rien que poussière en suspens
dans un rais pâle de lumière
ainsi s’évanouit sous le vent
le sable effacé des amants

 

IX. CIRROSTRATUS.

 

Pâle mais supérieur
Je voilerais les caractères instables
Des astres que le songe honore.
Pourtant, ils se devinent si palpitants
Si intimidés Eux les orgueilleux
Les resplendissants
Que voici à présent estompés
Par-delà ma gaze visible.

Comme un aveuglant électron
Libéré de tout horizon
Mon halo distant scintille
Interrogeant les paupières
Par-delà ces lacs de lumières
Le ciel se teinte de vanille

demain nous donnera la pluie
ou peut-être le soir.

X. CUMULUS

 

Nous sommes les dômes et les tours
Dans vos champs cultivons l’espérance
Immaculés dans l’argent du jour
Humbles mais éclatants Vive l’impermanence

Le printemps l’avril nous dessinent
D’un trait net et sans faille
Une ombre cendrée sous le ventre
Où se recoupent vos glaciers

Comme sur le ciel nu
Remue un champ d’iris
Colorés par les vents
Soutenus par la terre
Nos continents volages
Dans la lenteur de leur exode
Glissent et croisent sur le bleu
Et changent leurs visages
Pour des continents merveilleux
Consumés des flammes du soir
Que la nuit froide emportera
Captive de sa propre épure
Veinée de vos forêts déchues
Notre échine hors de la vue
Du vautour capte l’envergure
Convergents nous virons au nimbe de géant
Et devenus géants nous honorons l’orient.

 

XI. ALTOSTRATUS

 

Double lumière du soir
Des étourneaux le tourbillon
Vire sur l’aile S’illuminant
Et consumé sans le vouloir
S’est évanoui comme un brouillard
Qui donc pourra guérir notre mélancolie

Amis des vaillants migrateurs
Entre les striures bleutées
Nous posons un velours rêveur
Dorés dans l’eau du crépuscule
Jamais d’ombre croisée au sol
Nous agençons notre mâture
Accostant au profil de l’univers

La bruine d’un mot désespère
Et la neige enfin se libère
Notre virga fendue rayonne
Sans jamais toucher vos pays
Et notre épiderme plafonne
Comme les rêves d’un enfant
Demain sera différent.
Qui donc pourra guérir notre mélancolie

 

XII. Pyrocumulus

nous sommes immenses et furieux
le ciel et ses hauteurs si fières
à notre portée se consume
sur les portiques des volcans
chargés de cendre et de fantômes
d’univers entiers qui s’enflamment
et des mondes qui ruinent leur âme
du vent vers nos périphéries
gardent le secret des pluies noires
et des rosaces nucléaires

 

XIII. CIRROCUMULUS

 

Nous autres déployés
Suivons nos frères élevés
Champs de coton ondulés
Éphémères mais égarés
Inoubliables et ridés
Nos vains oracles ignorés
Sont les mots vivants du passé

Couche fragile et sans ombre
Nous restons sages et constants
Comme un banc d’exocets figé dans son élan
Dans ces hauteurs qui le surplombe
Le fou terrestre ne repère
Que la parure magnanime
D’un ocelot imaginaire
Son cœur équidistant entre cime et abîme

Si hauts Si hauts Qu’espérez-vous
De nous Des lendemains majeurs
Perdus dans nos sentiers
Mal empierrés de souvenirs
Des pollens sous l’unité du cristal
Essaimant de vivants augures
Nos lendemains si souvent sont froids

 

XIV. Mammatus

nous sommes les subsidiaires
bulles merveilleuses
si rares Au ventre Au flanc de
nos aînés
nous sommes les épatants les stupéfiants
bizarres mais magiciens
des lueurs
tellement étranges rivières de
diamants quand le soir laiteux nous
 éternise du ciel nous faisons sans effort un champ de
 fleurs à l’envers
ou encore un tapis de perles
si peu nombreux parmi
les hommes nous ont aperçus
puis nous passons
alors ils restent émerveillés
se demandant s’ils ont rêvé
jusqu’à l’éternité

 

        1. XV. CIRRUS (II. Mineur)

 

Près d’un sanctuaire, sur les rives
Ou l’après-midi s’éveille
Flânant dans les interstices
Des marbres blancs et des soleils
Un songe minéral survient

Oiselet d’or, suspend ton chant
Prend ton temps La terre tourne

Éclairé sous l’eau stable
Un cirrus léger Lys solitaire
Brille en pleur Immobile
Comme un arbrisseau révolu

Ravie de l’aube et sa blancheur
Initiée par le feu des cratères célestes
Tremble de la lune la secrète blancheur
Odyssée par-delà les peuples des nuées !
Adieu O cirrus mineur…
Car sous cet or que la pluie délivre
Il faudra bien continuer de vivre.

 

 

                                                         ©hervéhulin2022